08/02/2016

Les victimes du vent de l'ouest

Il souffle fort, le vent d'ouest, ces derniers jours. Un magnifique catalpa en a payé le prix de sa vie, à l'avenue du Mail. Qu'on le remplace.

Mais le vent d'ouest ne fait pas tomber que les arbres. Des Genevois, aussi... Alors que je me déplaçais les matins à l'aube vers où l'on a bien voulu me donner du travail temporairement, au milieu du canton de Vaud, je constatai immédiatement que sur l'autoroute j'étais entouré de plaques françaises. Pas toujours, certes, mais parfois uniquement.

À Genève, c'est normal, disons habituel, mais j'ai été surpris en poursuivant. En particulier quand je voyais des plaques se terminant par 38, Grenoble donc, ou aussi 69, Lyon. Puis, passant les jonctions de Coppet et de Nyon, s'incorporaient des voitures immatriculées 39, c'est-à-dire, du Jura français. Le tout avant 7h. du matin, pour ceux qui voudraient nous affirmer qu'il s'agit de touristes. Les Verts qui sont tellement pro libre-circulation seront servis, la circulation, ils l'ont.

Dans ces claires nuits finissantes de janvier, je compris pourquoi et comment les Genevois sont chassés. En tout cas, ceux qui n'ont plus 35 ans, ou pas encore 25. Qu'ils doivent aller chercher du travail toujours plus loin, eux aussi poussés par le fort vent d'ouest qui a déjà bien soufflé sur la ville.

Me revinrent en tête les quelques braves jeunes gens que j'ai côtoyés, à diverses occasions, qui n'arrivaient pas à trouver de travail à Genève. Bien formés et de bonne tenue, certains avec trois langues, s'il vous plait. Me revint également en tête le chiffre si perturbant, pour tout être normalement sensible, des 4'000 habitants du canton qui arrivent en fin de droit chômage chaque année. Décoiffant, le vent. Il claque même sur les joues déjà rougies par le froid ou la gêne, je ne sais.

En revanche, dans cette petite société où j'étais, pas un frontalier. Pour la première fois de ma vie, pas un collègue frontalier! C'est donc possible? Non que j'aie une animosité substrate contre eux, mais j'en ai vu des belles, déjà. Comme par exemple il y a quelque temps, un service devenir entièrement français rien que parce que le chef l'était, et les engagements se faisaient en deux jours, en snobant tout office de l'emploi. Tout cela, je l'affirme. Parce que je n'aime pas. Et moi je roule sans la moindre hésitation pour ma ville, mon pays, au contraire de beaucoup d'autres.

Je confortai donc, chaque matin bien seul au volant de ma voiture, mon sentiment, ma logique, mon espérance qu'où les frontaliers sont nécessaires, irremplaçables, c'est avec plaisir et gratitude, presque fierté qu'on doit les accueillir pour travailler. Et ailleurs, qu'on les remplace. Pour notre niveau de vie, notre cohésion sociale, et l'environnement.

Si cela vous parle.

Commentaires

Si vous saviez depuis combien de temps je cherche, moi... Merci.

Écrit par : Pierre K. | 09/02/2016

"un service devenir entièrement français rien que parce que le chef l'était". Quand on a posé le nom sur une maladie, c'est déjà un peu plus simple.

Écrit par : PDP | 09/02/2016

1998, une sté internationale de la place qui employait un grand nombre de temporaires, en contrats renouvelés au-delà des limites prévues sous la promesse d'un contrat d'embauche à la clé

vira sa DRH suisse, remplacée par un aide-comptable frontalier qui obtint le job sous la promesse du remplacement de tous les temporaires suisses par des frontaliers
Le tout fut fait du jour au lendemain.

les uns m'étaient connus - pour faire partie du stock temporaire,
idem l'autre DRH - pour l'avoir eu sous mes ordres dans un poste-cadre précédent, avant d'en connaître le licenciement sec bien entendu


Faits d'avant les bilatérales, répliqués depuis sans entraves
rien n'a freiné ces comportements aucun contrôle etc. bien au contraire,
en témoigne ce billet de Danijol

Écrit par : divergente | 09/02/2016

Pour mémoire, cette pratique genevoise était déjà en usage avant les bilatérales, a été appliquée à 300% entre 1999 et 2002,

au sein de ces mêmes multis au bénéfice d'exonérations fiscales ;
usant de leurs avocats dans l'obtention de permis pour contourner les quotas, (*)remplis tous les ans dès la fin du 1er trimestre

- DRH anglophones (banques anglaises(*), multis américaines(*)): postes de cadre accordés essentiellement à tout anglophone de naissance, bien que peu expérimenté ou non qualifié, devant tout suisse parfaitement bilingue expérimenté voire surqualifié (*)

- DHR français de multis internationales (*) autant que de banques & sociétés & entrepreneurs fr (*)

ces DRH fr (*) n'avaient aucun tabou à se justifier: leur exclusivité d'emploi réservée à tous fr même si pas encore établis frontaliers, l'était entre autres "pour assurer l'harmonie des équipes"

(*) noms connus non publiés

Écrit par : divergente | 09/02/2016

Enfin ici votre billet aborde le fond de cette question de droit:

- Soit le non respect, dans le canton de GE, du droit à l'accès à l'emploi des citoyens suisses

- Soit l'absence de défense, dans l'emploi dans le canton de GE, des citoyens victimes de discriminations anti-suisse, soit par licenciement soit dans leurs candidatures

Écrit par : divergente | 09/02/2016

Grenoble? Lyon? Jura? On nage en plein rêve ou c'est vrai??

Écrit par : Farux | 10/02/2016

J'aime le ton de ce billet dans lequel transpire une certaine amertume justifiée, mais pas de victimisation et une attitude de combat.
Je doute cependant que les politiques qui se profilent sur ce segment soient animés par une véritable intention de changer la donne.
Mais surtout, quoi qu'ils fassent, la question étant globale, il me semble qu'à ce stade il soit préférable d'accélérer la fuite en avant et le crash final qui obligera nos représentants à revoir leur copie de fond en comble.

Écrit par : Pierre Jenni | 10/02/2016

"les Verts sont content, la circulation ils l'ont"... vous leur mettez une volée de bois...Vert et c'est très bien. Y'en a pas qui viennent la ramener?!

Écrit par : AdM | 14/02/2016

"Les entreprises suisses engagent beaucoup plus de frontaliers au 2ème semestre 2015, le taux de chômage passe de 4,1 à 4,7%, selon les chiffres du BIT". Voici la nouvelle du jour.

Dégoût, quand tu nous tiens. Un jour ça va faire mal.


http://www.tdg.ch/news/standard/entreprises-suisses-engagent-frontaliers/story/25098573

Écrit par : Danijol | 18/02/2016

Il ne reste plus qu'à attendre que tous les emplois soient occupés par des robots. Ce jour-là non serons au moins obligés et à égalité pour chercher des solutions au problème du chômage.
Dans la réalité actuelle, je doute qu'il y ait une réelle volonté d'améliorer la situation: elle profite à trop de gens qui ont du pouvoir.

Écrit par : Mère-Grand | 18/02/2016

"Le nombre de frontaliers a augmenté de 3,7% en une année, de 287'000 personnes à 304'000".

Là, il y a certes le vent du sud, du nord et celui de l'ouest aussi, mais au vu du taux de chômage qui flambe ici, ça devient proprement dégoûtant.

Vivement que le peuple s'exprime à nouveau sur tout cela, à mon avis, le gouvernement ne va plus prendre 50,2% dans les dents, mais bien 52%, voire plus.

Écrit par : Danijol | 26/02/2016

Le jour où un désespéré fera autre chose que juste se jeter sous un train, se flinguer ou se pendre, on en parlera un peu plus de ce problème...

Écrit par : JDJ | 26/02/2016

@JDJ
Le problème c'est que ceux qui sont vraiment désespérés peuvent rarement faire autre chose. C'est donc à nous autres de parler du problème et d'essayer d'y remédier.

Écrit par : Mère-Grand | 26/02/2016

"Grenoble? Lyon? Jura? On nage en plein rêve ou c'est vrai??"

IDEM AUX FRONTIERES-HELVETICO-BANLIEUSARDES-VALAISANNES!

A l'est; vous savez la grande entreprise (qui a récemment annoncé 6000 licenciements dans le monde), celle qui construit les trains pour la confédération a dans son service administratif une employée tchèque qui ne parle pas le français et qui emm.......tous les employés, histoire de les pousser à bout pour qu'ils démissionnent!!!!!!

"Le jour où un désespéré fera autre chose que juste se jeter sous un train, se flinguer ou se pendre, on en parlera un peu plus de ce problème..."

CELA SE FAIT TRES REGULIEREMENT DANS LE MONDE AGRICOLE SUISSE ET PERSONNE NE PIPE MOT!

A force de dénoncer et d'avoir mal à la gorge pour rien, j'ai pris l'initiative de "rouler" moi toute seule, mais je roule uniquement (actuellement) pour les jeunes paysans....je suis à bout touchant et je croise les doigts.

Je vous donnerai Danijol l'exclusivité des résultats de mes initiatives.

Écrit par : Corélande | 26/02/2016

Texte de Arlette Berney du 5 mars, laissé sur le site du Matin.

A la fin 2015, 81'355 frontaliers étrangers travaillaient à Genève. L'office cantonal de la statistique publie, ce mardi, une série de données plus précises. En effet, explique l'OCSTAT, ces informations sont fondées sur un nouveau décompte et apparentement des registres de l'Office fédéral.A Genève, en particulier, la statistique suisse des frontaliers ne donne qu'une vision un peu borgne du mouvement quotidien de flux et de reflux que connaissent toutes les agglomérations du monde, mais qui, à Genève et au Tessin, prend un tour politique, par le simple fait que ces travailleurs franchissent une frontière nationale. L'OCSTAT en est bien conscient. En novembre dernier, il a publié une feuille d'information (no 25) qui tente de compléter l'image.Le nombre des permis G a augmenté de 16'020 unités en 2015, une hausse de 6,4%. A l’échelon national, le nombre des frontaliers étrangers actifs a crû de 3,7 % en 2015. Parmi ces 304'117 permis G actifs en Suisse, la majeure partie travaille logiquement dans la zone frontalière. Cette focalisation sur les travailleurs européens domiciliés à l’étranger biaisent ainsi la vision des métropoles suisses. Autre curiosité. Depuis 2004, le canton compte un nombre également croissant de frontaliers exotiques. Exotiques en ce sens qu'ils habitent une fois dans la semaine au moins à leur vrai domicile. En effet, la libre circulation des travailleurs a de fait supprimé les frontaliers, puisque le permis G est offert à tous ceux qui décrochent un contrat de travail en Suisse quel que soit leur lieu de résidence dans l'Union européenne. Selon la statistique genevoise, 6371 détenteurs d'un permis G à Genève n'habitaient ni en Haute-Savoie ni dans l'Ain. Ces frontaliers délocalisés résident en Italie, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique principalement.140'000 pendulairesA Genève, aux titulaires du permis G que la statistique suisse dénombre chaque année, il faut ajouter au moins 20'800 frontaliers suisses, 8730 frontaliers internationaux et près de 27'644 navetteurs qui franchissent la frontière Vaud-Genève chaque jour. Par choix ou par obligation, ces presque 60'000 personnes et leurs familles n'ont pas trouvé à se loger dans le canton. «Ces trois données sont une estimation, indique Sophie Mouchet de l'OCSTAT. Elles datent du début 2011. Pour les mettre à jour, nous dépendons d'un recensement plus récent côté français de la population active qui franchit la frontière».. Ce sont donc approximativement près de 140'000 pendulaires qui entrent et sortent du canton chaque jour.Avec 81'355 titulaires du permis G actifs*, le canton de Genève accueille 26,8% de cette catégorie de travailleurs, soit un frontalier pour six habitant. Le Tessin compte 62'478 frontaliers étrangers, soit 21% de cette catégorie de travailleurs en Suisse, avec une densité légèrement supérieure à celle de Genève (un frontalier pour cinq Tessinois). Les deux cantons de Bâle réunis donnent du travail à 55'199 frontaliers étrangers (un frontalier pour 14 habitants). Vaud accueille 28'312 permis G et Zurich 9679. Une saine vision des mouvements pendulaires autour des métropoles devraient indiquer combien d'Argoviens de Thurgoviens, de Lucernois, etc. se déplacent chaque jour pour travailler à Zurich. Les secteurs de l'économie genevoise qui ont embauché le plus de frontaliers étrangers sont les services administratifs et de soutien (+ 12,0 %), l'hébergement (+ 10,8 %), activités spécialisées, scientifiques et techniques (+ 9,3 %), restauration (+ 9,0 %) et enseignement (+ 8,9 %). Par contre, un recul est enregistré dans la branche «fabrication de produits informatiques et électroniques ; horlogerie » (- 1,6 %).* Selon l'OCSTAT, le canton a décerné 95'930 permis mais seuls 81'355 correspondent effectivement à un travailleurs actifs(TDG)

Écrit par : Laurent Lefort | 06/03/2016

Dernière tendance, on s'accroche: 2'500,- par mois pour un 100% proposés par Outfittery! Pas au Tessin, ça on connaît depuis longtemps, mais...à Berne!

C'est pas beau de pouvoir engager des gens de toute l'Europe qui seront contents à ce prix-là puisque pour certains ce serait 3 à 4 fois leur salaires dans leur pays?

Merci à tous les PLR-PDC et consorts, ainsi qu'à tous leurs suppôts PS Verts et apparentés qui se sont imaginés qu'avec des "mesures d'accompagnement" l'économie allait résister à cela...

Écrit par : Danijol | 11/03/2016

Les frontaliers sont une conséquence et non une cause de ce phénomène économique qu'on appelle la mondialisation. Alors si les Suisses décident de partir en guerre contre ce phénomène c'est tout a leur honneur, mais qu'ils fassent sans stigmatiser l’étranger qui lui ne tire pas les cordons de la bourse et des taux de change et encore moins ceux de l’économie mondiale. Je suis dans la région depuis 6 ans et effet les conditions de travail se dégradent pour tout le monde, suisses et frontaliers, a tels point que je me questionne réellement sur le fait de rester dans la région. Certains patrons exploitent simplement la misère des gens qui viennent ici pour travailler, il n'y a pas de limite sous prétexte qu'ils s'agissent d'un boulot en francs suisse. Or aujourd'hui il a un nouveau phénomène qui émerge, la Suisse ne parait plus aussi attractive et les travailleurs frontaliers réfléchissent a deux fois avant de venir ou tout simplement de rester dans une entreprise. Entre le suisse au chômage et l’étranger exploité il y a la même cause initiale, l’appât du gain.

Écrit par : Pierre | 25/04/2016

Les commentaires sont fermés.