02/12/2015

Les claques perdues

La dernière fois que j'ai pris une claque, j'étais ado. Une sortie de classe, je n'arrivais à me taire. Sans doute comme maintenant je n'arrive à m'arrêter d'écrire. Elle résonna. Justifiée ou pas, je me tus.

Voilà que les fonctionnaires genevois ont remis leur grève. Déjà que pour la première, il fallait oser. D'où j'écris ces lignes, je les entends crier, hurler, siffler, taper sur de gros tambours. À la française ou à l'africaine, je ne sais. Ils ne manquent en tout cas pas d'air...car résumons la situation.

Je n'ai rien contre la fonction publique. Peut-être en ai-je été ou en suis-je, peu importe. J'affirme même que dans certains services, le stress est au moins aussi fort qu'ailleurs, pour ne pas dire plus grand. Mais il se trouve qu'elle fait partie de la mieux payée de Suisse, et carrément du continent. Je n'oserais dire du monde, ce serait un peu fort tout de même, mais lorsque l'on connaît un peu les salaires d'ailleurs, on n'en est forcément pas loin.

Puis, de par l'irresponsabilité de plusieurs ministres des finances genevois qui se sont succédés, et celle des autres bien libéraux qui n'ont eu de cesse de demander des baisses d'impôts, la dette est abyssale et elle nous empoisonne la vie. Et nous coûte l'horrible montant de 200 millions de francs d'intérêts par an. Nous avons encore de la chance, les taux sont bas. Sinon, je ne voudrais pas leur dire ce qu'il leur arriverait, aux fonctionnaires, ils ne réaliseraient pas.

C'est donc particulièrement difficile de devoir supporter ces revendications. Leur dire ici que c'est une honte. Qu'ils devraient avoir l'élégance de se faire discrets ou, en tout cas, de ne plus crier. Ou d'abandonner la fonction publique, si vraiment celle-ci ne devait plus correspondre à leurs attentes. Ils verraient, ensuite, ce que c'est,  d'être dans le privé. Et vu les masochistes accords bilatéraux, de douter d'oser encore articuler le chiffre de 4'000,- de prétention de salaire par mois.

Ce d'autant que personne n'a eu le courage, par ici, de prendre la seule mesure qui vaille et qui s'est prise dans à peu près tous les pays d'Europe, y compris dans certaines collectivités publiques suisses : une diminution de salaire. De minimum 3% pour les premiers salaires, à au moins 8% pour les gros, voire même plus. Immédiatement abandonnée quand (et si) la situation devait se stabiliser, mais tout aussi immédiatement appliquée. Ici, personne n'ose, personne n'osera. Genève.

Tout cela me rappelle donc cette claque reçue lorsque j'étais ado. Sur le moment, j'haïs cette professeure. Ce n'est toutefois pas à cause d'elle que je veux me venger aujourd'hui, même si je trouve que les professeurs se paient particulièrement la honte. Ce d'autant qu'il est quasiment impossible qu'elle me lise, cette brave madame Iten. Mais les claques, là, elles seraient justifiées.

Oh excusez-moi! Elle sont parties toutes seules.